Une exposition Pierre & Gilles au musée d’Orsay

Du 24 septembre 2013 au 2 janvier 2014 se tient au Musée d’Orsay l’exposition intitulée Masculin / Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours, exposition dont le propos serait de répondre à la question suivante : « Pourquoi aucune exposition n’a-t-elle jamais été dédiée au nu masculin jusqu’à Nackte Männer au Leopold Museum de Vienne l’année dernière ? »

Affiche de l'exposition Masculin/Masculin au Musée d'Orsay

Affiche de l’exposition Masculin/Masculin au Musée d’Orsay.

Guy Cogeval, président du Musée d’Orsay, avoue que « s’il peut y avoir une certaine polémique autour de l’exposition, ce n’est pas fait pour me déplaire. » L’exposition s’ouvre sur un Georges de La Tour, conservé au Musée des beaux-arts de Rouen. Première oeuvre, face à l’entrée de l’exposition, et déjà première polémique.

Peut-être le président du Musée d’Orsay aurait-il préféré une montée au créneau des associations familiaristes et d’extrême-droite, un appel à la censure ? Malheureusement les seules critiques qui s’élèvent contre l’exposition s’intéressent plus à son propos et à son contenu qu’à l’espéré et publicitaire scandale.

La muséographie de chaque salle tend à faire de l’oeuvre contemporaine le but, l’apogée du parcours, comme si chaque salle constituait une brève histoire de l’art qui aurait mené à l’oeuvre contemporaine. L’oeuvre d’art contemporain se trouve systématiquement dans l’axe d’entrée dans une salle des visiteurs de manière à ce qu’elle soit immédiatement vue ou aperçue. L’exposition Masculin/Masculin se résume parfaitement ainsi :

Dix salles. Sept Pierre & Gilles. Trois David LaChapelle. Un par salle.

De nombreux textes introductifs de salles sont rejetés loin de l’entrée, parfois dans un recoin, parfois à la sortie. C’est le cas dans la salle sur la nature : le visiteur apprend le thème (si son bon sens lui aurait fait défaut) avant de quitter ladite salle pour se rendre dans la suivante. D’ailleurs, en parlant de cette salle, l’accrochage est-il terminé ? Un grand mur, avec le pauvre Flandrin esseulé, en face duquel un banc, tandis que sur le mur de gauche deux oeuvres qu’il aurait été de bon ton de mettre sur le même mur que le Jeune homme nu assis au bord de la mer. Quant à la qualité muséologique et rédactionnelle de l’exposition Masculin/Masculin, elle donne la triste et terrible impression d’être la première exposition d’un musée municipal sans moyens financiers ni techniques, d’être l’équivalent de la dissertation dans laquelle un élève ne ferait qu’un long catalogue d’auteurs ou de citations sans les remettre en contexte. Les textes introductifs (« Le nu héroïque », (dur) « Dur d’être un héros », etc.) sont manifestement l’oeuvre d’un stagiaire. Les cartels informent nullement, si ce n’est en filigrane des différentes mécènes. D’ailleurs, en parlant des oeuvres sélectionnées, grande est la sensation que des caisses entières d’oeuvres d’un même artiste ont été empruntées à de grandes institutions : on obtient ainsi une salle quasiment dédiée à Schiele, des Moreau en-veux-tu-en-voilà. Et le triptyque de Francis (Bacon, pour les non intimes), qu’on nous ressort à toutes les sauces : le portrait, l’autoportrait, le nu, l’artiste torturé, la psychologie dans l’art, la représentation des WC dans l’art. Notre artiste aux Beaux-Arts de Rennes et naked man pour l’occasion, Arthur Gillet, a bien raison de dire qu’il a « eu l’impression de visiter un salon du design masculin avec l’homme assis, homme allongé, l’homme dans la nature, l’homme fort, sans aucun commentaire critique.1 » Et concernant les critiques sur l’homoérotisme de l’exposition, rien à redire puisqu’il n’y en quasiment pas (si ce n’est un teabag de Cocteau dans la toute dernière salle) : on parvient péniblement à dénombrer une soixantaine de pénis bien visibles sur quelques deux cent oeuvres2. Le scandale homoérotique ou pornographique n’a pas lieu d’être. D’ailleurs, ceux qui ont fait l’exposition s’en plaindrait presque…

Enfin, le merchandising, qui devrait faire oublier l’interdiction de photographier dans l’enceinte du Musée d’Orsay, est à l’image de l’exposition : rien à retenir. Aucune carte postale des oeuvres majeures de l’exposition (les fameux Pierre & Gilles). Pas même le petit badge bien sympathique qu’arborent les gardiens dans les salles. Les marques-pages à la rigueur, et encore.

Ainsi, l’exposition Masculin/Masculin est donc le bel échec des expositions de cette rentrée 2013. Pourtant, dans le domaine des rapports entre homosexualité et art, il est de bon ton de rappeler l’exposition Hide/Seek: Difference and Desire in American Portraiture aux Etats-Unis d’Amérique. Cette exposition, itinérante (National Portrait Gallery du 30 octobre 2010 au 13 février 2011, Brooklyn Museum du 18 novembre 2011 au 12 février 2012, Tacoma Art Museum du 17 mars au 10 juin 2012), tentait d’étudier « le rôle sous-documenté que l’identité sexuelle a pu jouer dans l’art moderne et de mettre en évidence les contributions des artistes gay et lesbien dans l’art américain. » Alors, certes, le discours de l’exposition n’était alors pas de montrer des hommes nus sans contexte ni réflexion comme l’entend faire l’exposition Masculin/Masculin.

L’exposition Masculin/Masculin. L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours se tient au Musée d’Orsay, au 1 rue de la Légion d’Honneur (métro : ligne 12, station Solférino ; RER : ligne C, station Musée d’Orsay), du 24 septembre 2013 au 2 janvier 2014. Ouverte tous les jours sauf le lundi, de 11h à 18h. Le catalogue de l’exposition est vendu au prix de 39,90 euros.

  1. Boinet, Carole, « Qui est l’homme qui s’est mis nu au vernissage de l’expo Masculin/masculin à Orsay ? », in LesInrocks.fr, 27 septembre 2013. [En ligne]. Disponible à l’URL http://www.lesinrocks.com/2013/09/27/actualite/homme-nu-vernissage-expo-masculinmasculin-orsay-11430515/, dernière consultation le mercredi 2 octobre 2013. []
  2. Bernot, Philippe, « Peut-on montrer le sexe ? », in Liberté, Egalité, Sexualité, 11 octobre 2013. [en ligne]. Disponible à l’URL http://sexologie.blog.lemonde.fr/2013/10/11/peut-on-montrer-le-sexe/, dernière consultation le 5 novembre 2013. []

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