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Catalogues Pierre Huyghe dans la vitrine de la boutique du Centre Pompidou.

Catalogues Pierre Huyghe dans la vitrine de la boutique du Centre Pompidou.

À l’entrée de la Galerie Sud du Centre Pompidou, un héraut, après vous avoir demandé votre nom, vous annonce aux oeuvres de la rétrospective… Du 25 septembre 2013 au 6 janvier 2014 se tient au Musée national d’art moderne (MNAM) la première rétrospective de l’artiste plasticien français Pierre Huyghe.

Pierre Huyghe est un artiste qui s’intéresse aux relations entre ses oeuvres et le public, préférant « exposer quelqu’un à quelque chose plutôt que quelque chose à quelqu’un1 », devenu plus curateur qu’artiste. Pierre Huyghe oeuvre dorénavant à créer un protocole, mettre en place un ou plusieurs paramètres incontrôlables puis leur offrir les conditions de son existence, comme l’illustre cette rétrospective : le public devient le témoin d’une situation, l’acteur d’un scénario. Pierre Huyghe inscrit son oeuvre dans le courant d’art contemporain de l’esthétique relationnelle, théorisée par Nicolas Bourriaud en 1995.

L’esthétique relationnelle est définie par Nicolas Bourriaud comme étant la « théorie esthétique consistant à juger les oeuvres d’art en fonction des relations interhumaines qu’elles figurent, produisent ou suscitent.2 » Elaborée dans les années 1990, cette théorie de l’art contemporain permet d’éclairer et d’expliquer les oeuvres d’art dans lesquelles les interactions entre l’artiste, l’oeuvre et le public sont nécessaires, recherchées, provoquées. C’est pourquoi, sans cette connaissance de cette théorie et de l’inscription de Pierre Huyghe dans celle-ci, les oeuvres de ce dernier peuvent sembler bien vides, inutiles, absconses. Alors, certes, aujourd’hui, cette théorie peut s’avérer inefficace pour décrire et commenter les oeuvres des artistes (dont Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Dominique Gonzalez-Foerster, Maurizio Cattelan, Christine Hill, Carsten Höller, Rirkrit Tiravanija) pour lesquels elle s’appliquait au moment de son énoncé. Et, contrairement à certains de ses acolytes, Pierre Huyghe a poursuivi dans cette veine pour l’explorer, l’exploiter, la (pour)suivre.

Rétrospective Pierre Huyghe au Centre Pompidou

Rétrospective Pierre Huyghe au Centre Pompidou.

Et, pour illustrer l’oeuvre de Pierre Huyghe, des brides de ses projets plus que des oeuvres entières, difficilement exposables de par leurs dimensions ou leur nature (parc d’attractions dijonnais, île vénitienne, pôle nord, etc.), ont été rassemblées dans la Galerie Sud du Centre Pompidou. Et même si ces brides d’oeuvres peuvent donner l’impression d’empêcher de voir une oeuvre entière, intégrale, complète de Pierre Huyghe3, ces morceaux de projets sont des oeuvres d’art vivantes : végétaux, fourmilière, aquariums remplis de poissons, d’araignées de mer et d’un bernard-l’ermite, chienne appelée Human, homme à tête d’aigle, patineuse, essaim d’abeilles, machinerie météorologiques créant pluie, neige et brouillard. Comme lors de son installation à la documenta (13) de Kassel, Pierre Huyghe organise un « compost4 » à partir de ses oeuvres et offre au public de venir visiter ce monde créé à la fois pour et sans lui. La rétrospective constitue alors un monde en soi, un monde qui ne se préoccupe pas des horaires d’ouverture du musée, un monde qui vit sans nécessiter l’oeil humain et encore moins l’oeil du public. La mise en situation ne consiste ici ni dans les animaux ni encore moins dans les oeuvres, mais dans le public qui vient aux heures d’ouverture se mettre en situation dans un monde en soi, autonome, à la fois éphémère (le temps de la rétrospective) mais durable (le but d’une rétrospective) : le visiteur est effectivement exposé à quelque chose, non l’inverse.

Rétrospective Pierre Huyghe au Centre Pompidou

Rétrospective Pierre Huyghe au Centre Pompidou.

Pierre Huyghe, Zoodram 4, 2011

Pierre Huyghe, Zoodram 4, 2011, Collection Ishikawa, Okayama, Japon. Courtesy Pierre Huyghe ; galerie Marian Goodman, New York ; Adagp, Paris 2013.

À cela s’ajoute la muséographie : le Centre Pompidou prend un air de Palais de Tokyo avec la rétrospective Pierre Huyghe. Sans doute pour des raisons financières mais également pour des raisons esthétiques et artistiques, la muséographie de l’exposition fait fi de l’usuel white cube : les murs montés et blanchis de l’exposition précédente, la rétrospective Mike Kelley (du 2 mai 2013 au 5 août 2013), ont été découpés et réagencés. En effet, Pierre Huyghe a souhaité que comme ses oeuvres l’espace de la Galerie Sud soient repris, tels quels, afin de mettre en situation ses mises en situation. C’est pourquoi aucun cartel n’accompagne les oeuvres de Pierre Huyghe, seuls subsistent ceux qui contextualisaient l’oeuvre de Mike Kelley, brouillant les frontières entres les deux artistes, leurs oeuvres, les deux rétrospectives. L’exposition actuelle n’est cependant livrée telle quelle au public : un dépliant comportant le plan de la Galerie Sud et les cartels nécessaires est mis à disposition des visiteurs. De plus, la Galerie Sud bourgeonne hors de l’impressionnant bloc qu’est le Centre Pompidou : il n’est pas question ici d’une oeuvre de l’artiste arrimée sur la piazza du Centre mais réellement d’un nouvel espace, d’une nouvelle salle conquise sur l’extérieur, comme une bulle gonflée par l’atmosphère créée par la rétrospective à l’intérieur de l’espace d’exposition.

Le Palais Pompidou de Tokyo

Le Palais Pompidou de Tokyo. Rétrospective Pierre Huyghe au Centre Pompidou.

Lors du vernissage, entre deux salles, L’Écrivain public (1995) rédige en temps réel son compte rendu de l’inauguration, avec ses pensées, ses relations avec les visiteurs et les rapports entre ces derniers, le cartel abandonné de Mike Kelley derrière son épaule et lui-même. Seule l’impression du compte rendu sur quatre feuilles A4 subsistent, épinglées sur le mur, là où se tenait l’écrivain public, au vernissage. Cette installation de quelques heures illustre parfaitement le travail de Pierre Huyghe.

https://twitter.com/OuPsy/status/385806937184829440

Après la bonne surprise de la rétrospective Roy Lichtenstein (du 3 juillet 2013 au 4 novembre 2013), la rétrospective Pierre Huyghe est réellement l’exposition de cette rentrée 2013.

La rétrospective Pierre Huyghe se tient au Musée national d’art moderne/Centre de création industrielle, Place Georges-Pompidou (métro : stations Rambuteau, Hôtel de Ville ou Châtelet–Les Halles ; RER : station Châtelet-Les Halles), du 25 septembre 2013 au 6 janvier 2014. Ouverte tous les jours sauf le mardi, de 11h à 20h. Le catalogue de l’exposition est vendu au prix de 39,90 euros.

  1. Azimi, Roxana, « Entretien avec Pierre Huyghe », in Le Quotidien de l’Art, n°407, mercredi 26 juin 2013. []
  2. Bourriaud, Nicolas, L’esthétique relationnelle, Dijon : Les Presses du réel, 1998, p. 117. []
  3. Alcade, Maxence, « Pierre Huyghe “retenez-moi ou je fais une oeuvre !” », in Osskoor, 28 octobre 2013. [En ligne]. Disponible à l’URL http://osskoor.com/2013/10/28/pierre-huyghe-retenez-moi-ou-je-fais-une-oeuvre/, dernière consultation le 29 octobre 2013. []
  4. Lefort, Gérard, « Pierre Huyghe, parc maître », in Next, 26 septembre 2013. [En ligne]. Disponible à l’URL http://next.liberation.fr/arts/2013/09/26/pierre-huyghe-parc-maitre_934961, dernière consultation le lundi 7 octobre 2013. []

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