Ofuda, images gravées des temples du Japon

Affiche officielle de Ofuda, images gravées des temples du Japon

Affiche officielle de Ofuda, images gravées des temples du Japon

Le Panthéon bouddhique, situé à quelques mètres du musée des Arts asiatiques Guimet, présente du 11 mai au 12 septembre 2011 quelques cent-soixante estampes issues de la collection Bernard Franck, grande de plus de mille numéros et réunie entre 1954 et 1995 glanée dans deux mille temples de l’archipel japonais dans le but de réaliser une somme iconographique du panthéon bouddhique japonais. Ayant fait don de sa collection d’estampes ofuda au Collège de France dont dépend l’Institut des hautes études japonaises, Bernard Franck, né en 1927 et décédé en 1996, fut le seul et unique professeur de civilisation japonaise à l’Institut des hautes études japonaises dont il fut le directeur vingt ans durant.

Ces estampes sont appelées o-fuda, terme se traduisant par tablette inscrite. Un ofuda est une petite planche de bois ou une feuille de papier portant une inscription, réalisée au pinceau, ou une image, gravée en bois ou sur cuivre. Celles-ci créent la charge conférant au support un pouvoir actif de dévotion ou prophylactique, utilisé pour bénéficier des forces bienfaisantes ou pour lutter contre les forces maléfiques. Le fidèle peut soit rapporter l’ofuda chez lui pour en faire une image de dévotion privée soit la laisser au temple après y avoir écrit un voeu que le dieu pourra exaucer. L’o-fuda connaît un grand développement entre les époques d’Heian (794 – 1185) et de Kamakura (1185 – 1333), soit entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe siècle.

Ces deux religions se démarquent dans leur production d’o-fuda. Ainsi, de par la tradition aniconique du shintoïsme, l’ofuda shinto se caractérise par la seule présence d’une inscription alors que l’o-fuda bouddhique comporte à la fois inscription et image de la figure principale vénérée dans le temple qui la produit. De plus, pour une production bouddhique, la production d’estampe, art du multiple, permet aux moines par la confection d’images du Buddha d’accumuler des mérites pour leur cycle de réincarnations futures. Mais shintoïsme et bouddhisme ayant finalement fusionné au cours des siècles au Japon, il est normal de constater que les ofuda présentent image et inscription pour une divinité d’origine shinto. Ainsi, l’utilisation de l’art de l’estampe permet de réaliser une grande production à bas coût et de permettre une grande diffusion auprès de la population. D’ailleurs est présentée une matrice en bois dont l’estampe qui en résulte est exposée quelques mètres plus loin. Il est intéressant de noter qu’un seul des ofuda présentés a été gravé sur cuivre, spécificité d’un seul temple, la gravure traditionnelle japonaise étant tournée vers la gravure en bois.

L’exposition, prenant d’assaut deux niveaux (premier puis rez-de-chaussée), fait donc la part belle aux estampes, toutes japonaises. Pour organiser sa collection, Bernard Franck a décidé de recourir au six catégories reprenant la hiérarchie du panthéon bouddhique et formant six cercles concentriques autour du Buddha Sakyamuni, fondateur historique du bouddhisme au Ve siècle avant notre ère, classification opérée la première fois par le recueil du Butsuzô zui (« Collection des images bouddhiques ») de Gizan, orné de dessins au trait par le peintre Tosa Hidenobu en 1690. C’est pourquoi, à son tour, l’exposition s’organise selon un plan en six parties, à savoir : les nyorai ou butsu-bu (buddha), les botsatsu-bu (les boddhisattva), les myôô-bu (les rois de Science), les ten-bu (les divinités), les gongen-bu (kami, esprits shinto)  et enfin les kôso soshi-bu (les patriarches et les religieux éminents). Chaque partie est introduite par un texte permettant au visiteur, principalement néophyte, de comprendre ce que signifie et renferme chaque nouveau cercle de divinités et leur rapport aux autres. Le cartel de chaque estampe, quant à lui, donne le nom du dieu et sa traduction française, la provenance de l’ofuda ainsi qu’une notice descriptive et explicative.

Enfin la scénographie, intelligente et intéressante, met en perspective chaque estampe avec une sculpture des collections permanentes portant au mieux sur le même thème iconographique au pire sur le même dieu (mais dans une posture différente). Ainsi pour une fois, et il est agréable de le remarquer, l’estampe, art mineur encore bien souvent déconsidéré, se voit alors illustrée par un art majeur, en l’occurrence la sculpture, ce qui aurait tendance à renverser le rapport de l’un à l’autre.

Scénographie de l'exposition ofuda

Scénographie de l’exposition ofuda.

Le décès survenu en 1996 de Bernard Franck laisse inachevé son projet de catalogue raisonné des ofuda. Ce projet, à la demande de sa famille, est repris par ses collègues et ses élèves, relayés dorénavant par une équipe de chercheurs du CNRS avec la collaboration de l’Université Kokugakuin et de l’Institut d’historiographie de l’Université de Tokyo. Un site Internet (http://ofuda.crcao.fr/) offre depuis peu au public la possibilité de consulter le catalogue, les documents relatifs aux o-fuda ainsi que les travaux réalisés.

L’exposition « Ofuda images gravées des temples du Japon » présente donc les premiers travaux réalisés sur la collection d’ofuda de Bernard Franck. On ne peut que souhaiter une future exposition présentant l’étude achevée de cette catégorie intrigante et passionnante d’estampes, de les comparer les unes aux autres, dans leur globalité puis avec les formes canoniques, de les expliquer à la lumière des récits à leurs origines, enfin d’en étudier le symbolisme des éléments les caractérisant, avec pour clore ces recherches la parution d’un beau et complet catalogue raisonné.

L’exposition « Ofuda, images gravées des temples du Japon » se tient au Panthéon bouddhique du Musée Guimet, au 19 avenue d’Iéna (métro : ligne 9, station Iéna), du 11 mai au 12 septembre 2011. Ouverte tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h, l’exposition coûte 5 euros en plein tarif et 4 euros en tarif réduit. Le catalogue de l’exposition est vendu au prix de 35 euros.

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