Le sable d’Israël, les villes d’Israël, le pays d’Israël

Quand nous sommes à Tel Aviv, nous nous situons à moins de cent kilomètres de trois frontières (Syrie, Cisjordanie, Égypte). Il s’agit vraiment d’un pays enclavé entre des zones de guerre, entre l’Égypte et la Libye, la Syrie, les territoires palestiniens. D’ailleurs mon ami d’aventures Thomas et moi-même avons pu le vivre avant même d’être enregistrés sur notre vol à Roissy : nous avons subi quarante-cinq minutes d’interrogatoire séparément, après avoir été fouillé par des militaires français, au fin fond d’un terminal de l’aéroport. Sans compter l’alerte à la bombe sur notre chemin entre le check-in et le contrôle de la douane. Nous avons du ensuite passer quatre contrôles inopinés entre la douane et l’avion. Bref, « El Al, ce n’est pas une compagnie aérienne, c’est Israël » : le slogan de la compagnie nationale n’est pas trompeur…

Le drapeau israélien

Le drapeau israélien flotte à l’entrée du vieux port de Jaffa.

Tel Aviv-Yafo

À Tel Aviv-Yafo on s’amuse, même début février (du 1er au 10 février 2015) où la température ne descend pas en dessous des 20°C. Ville jeune, branchée et tolérante, elle fait penser à Berlin. Le Bauhaus est d’ailleurs l’architecture du centre-ville, ce qui manque à Berlin du fait des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. La vieille ville est Yafo (ou Jaffa en français), à partir de laquelle Tel Aviv est apparue et s’est développée jusqu’à phagocyter Yafo. Jaffa, où Napoléon a visité les fameux pestiférés1. La vieille ville change rapidement : les immeubles sont ravalés et le charme disparaît pour laisser place à du vieux neuf. Il est à noter que le vieux souk de Jaffa possède quelques rues spécialisées dans la vente de matériels pour les kebabs. Le développement et la rénovation n’est pas propre à Yafo mais s’étend également à tout Tel Aviv, et le front de mer en est l’image la plus frappante : les vieux immeubles sont rasés et remplacés progressivement par d’impressionnants hôtels de luxe. Pour son calme, son luxe et sa volupté, Tel Aviv-Yafo est surnommée « la bulle » parce que la tolérance de ses habitants la rend relativement détachée des conflits dans lesquels Israël est partie prenante.

Jérusalem

À la ville festive qu’est Tel Aviv-Yafo répond la religieuse ville de Jérusalem. Ville très agréable à visiter, seule la vieille ville a vu le temps passer, le reste ressemble plus à l’idée qu’on pourrait se faire de Dubaï (des immeubles flambant neufs en fausses pierres et aux vitres teintées). Début février 2015, il n’y avait pas spécialement de tensions : seuls des portiques de sécurité à l’entrée des gares et de l’esplanade du mur des lamentations, plus par prévention que par nécessité. On voit moins de militaires et de policiers que dans les lieux publics français, à part deux classes de maternelle escortées par des hommes discrètement armés. Mais sinon les gens sont pacifiques et respectueux. On ne ressent pas d’ambiance « marchands du temple » pendant la période creuse qu’est l’hiver. Certes, les souks sont remplis d’objets en bois ou en métal religieux, ce qui est normal. Mais pas de boutiques à la sortie des églises, comme on pourrait en trouver en France. Par contre, il est évident que tous les lieux saints et toutes les reliques sont des inventions humaines qui procèdent et proviennent du monde médiéval. L’église du Saint-Sépulcre (qui arrive en cent mètres carrés à combiner Golgotha, pierre où le corps de Jésus a été lavé, sépulcre, chapelle où ont été retrouvées les croix de Jésus et des deux larrons), sise dans la vieille ville de Jérusalem, en est la preuve : elle est dans les remparts alors que le Christ a été crucifié et mis au tombeau à l’extérieur de la ville, comme la Bible l’indique. Et que penser de l’autre site, à l’extérieur lui des remparts, de la Crucifixion ? On voit bien une forme de crâne dans un pan de roc. Ensuite, c’est à l’imagination et à la foi de nous laisser conduire.

Saint-Jean d’Acre

Akko, ou Saint-Jean d’Acre, avec la forteresse des croisés, une jolie petite vieille ville riche d’histoire. Conquise et contrôlée par les Romains, les Byzantins puis les croisés, reprise par Saladin en 1187, reconquise par la troisième croisade en 1191. Philippe-Aduste et Richard Coeur-de-Lion en font la capitale du Royaume de Jérusalem et y construise une forteresse. Quand la ville tombe aux mains des Mamelouks en 1291, la forteresse est en partie enterrée. Ce qui sort de terre sera démantelé par les Ottomans pour construire les remparts maritimes. La forteresse a donc été retrouvée quasiment intacte et est devenue un musée bien didactique. C’est lors du siège de Saint-Jean d’Acre que l’épisode napoléonien du fameux tableau d’Antoine-Jean Gros voit le jour : Napoléon rendit visite aux pestiférés et demanda à son médecin de les euthanasier, ce dernier refusant de le faire.

La mer Morte et ses alentours

La mer Morte. Comme elle perd un mètre d’eau par an, les Israéliens font (tous les ans ?) des travaux pour faire courir la plage après la mer. Nous avons pu néanmoins tremper nos pieds entre deux pelleteuses et un monceau de gravats. Seuls quelques Chinois et Russes avinés au rouge local ont eu le courage d’aller s’y baigner et de poser pour la photographie rituelle de la lecture du journal assis en flottaison. Nous avons également foulé l’emplacement supposé de la ville de Sodome, détruite par Dieu pour punir les habitants de leurs pratiques contre-natures, et ce qui semble être la femme de Loth, changée en statue de sel pour s’être retournée dans sa fuite (enfin, si on cligne des yeux et que le soleil nous aveugle, le piton rocheux fait effectivement penser à une forme humaine mal dégrossie). Et puis surtout Massada. Massada est un symbole important dans l’histoire de l’État israélien : aménagée par Hérode le Grand, celui qui ordonna le massacre des innocents nouveaux-nés effrayé par l’annonce de la naissance du « roi des Juifs », la forteresse de Massada est perchée à 450 mètres au-dessus du niveau de la mer Morte, elle-même située à 450 mètres sous le niveau de la mer Méditerranée. Massada pourrait n’être qu’un château de sable si la mer Morte avait le niveau des autres mers du globe. En 72, les Zélotes2, qui s’étaient peu de temps avant emparés de Massada, subissent le siège des Romains, dont on peut encore voir les traces de leurs installations (comme à Alésia). Pour faciliter l’assaut et écouter le siège, les Romains construisent à l’ouest du piton rocheux une rampe de déblais. Quand celle-ci est terminée, les Romains donnent l’assaut et découvrent une ville non défendue, fantôme : les Zélotes s’étaient suicidés pour éviter la défaite certaine. Nous avons dormi, à la fraîche un peu comme les Romains le matin de l’assaut final, sur le parking dans la voiture pour pouvoir prendre d’assaut Massada au petit matin : la billetterie ouvre une heure avant le lever du soleil, soit à 4h du matin, pour pouvoir y assister depuis la forteresse et le voir surgir sur la côte orientale du bassin de la mer Morte, au-dessus de la Jordanie. Le chemin du serpent, appelé ainsi puisque serpentant sur la façade est du piton rocheux, se fait sans difficulté à l’aurore mais l’horreur en pleine journée sans once d’ombre. Un téléphérique permet d’y monter sans difficulté, mais n’ouvre qu’en milieu de matinée. De toute façon, quel intérêt d’aller à Massada et ne pas assister au lever du roi soleil depuis la tribune VIP qu’est cette forteresse ?

Israël est un superbe pays à visiter, de préférence en hiver, au début du mois de février, juste après leur horrible mois de janvier. Cette période creuse permet d’éviter les cars de touristes (un seul, chinois d’ailleurs, rencontré pendant ce voyage), les pèlerins confrontés au syndrome de Jérusalem et les fortes chaleurs que connaît le pays d’avril à octobre. Habiter à Tel Aviv et voyager par le train ou par voiture permet de rayonner dans l’ensemble du pays : partir tôt le matin et rentrer tard le soir n’est pas un problème, les autoroutes étant la plupart gratuites et le pays peu étendu (plus petit que la Bretagne). La population y est très accueillante. « Le sable d’Israël, les villes d’Israël, le pays d’Israël », comme le chantait Serge Gainsbourg, vaut vraiment le voyage.

L’intégralité des photographies de ce voyage en Israël sont disponibles sur Flickr.


  1. Gros, Antoine-Jean, Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, 1804, huile sur toile, musée du Louvre, inv. 5064. 
  2. Secte fanatique juive, les Zélotes ont donné leur nom au mot français « zèle ». 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :